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24.09.2026

Contribution de : Michèle Sierro

Recherche clinique sous pression: la Suisse distancée

La recherche clinique est à la base du progrès médical. Mais face à la concurrence internationale pour attirer les essais cliniques, la Suisse est distancée. Cette évolution porte atteinte à l’accès des patient-e-s aux traitements innovants et affaiblit durablement la place de recherche et d’innovation qu’est la Suisse.

La Suisse fait partie des places de recherche et d’innovation mondialement en pointe, mais la concurrence internationale pour attirer les essais cliniques s’accentue nettement. En particulier les États-Unis et les pays d’Asie investissent de manière ciblée dans des conditions de recherche attrayantes et prennent de plus en plus d’importance. Entre 2014 et 2024, le nombre d’essais cliniques réalisés en Suisse est passé de 185 à 137, un recul de plus d’un quart. Or dans le même temps, le nombre d’études augmente mondialement, en particulier en Asie. Au sein de l’Europe également, la Suisse perd de plus en plus de terrain: des pays comme l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark ou l’Autriche attirent de nos jours beaucoup plus de projets de recherche clinique. Les conséquences affectent non seulement la place de recherche, mais aussi et surtout les patient-e-s de Suisse.

Vincent Gruntz, CEO du Swiss Cancer Institute, souligne: «La recherche clinique sur le cancer est la base du progrès en oncologie. Elle permet de développer de nouveaux traitements, de les tester et de les mettre à la disposition des personnes qui en ont un besoin vital. Sans la recherche clinique, l’innovation médicale ne peut pas passer dans les soins. Nous avons par exemple pu montrer qu’un certain médicament utilisé dans le traitement des métastases osseuses reste tout aussi efficace en l’administrant trois fois moins souvent. Cela veut dire des économies de 15 millions de francs par année pour le système de santé et une réduction des effets secondaires pour les patientes et patients, d’où une meilleure qualité de vie. Si nous laissons filer ces compétences en Asie, nous risquons d’avoir de moins bonnes possibilités de traitement pour nos patientes et patients et plus de risques pour leur santé.»

Pourquoi les études se font-elles de plus en plus souvent à l’étranger?

La planification des essais cliniques se fait à l’échelon mondial. Les critères décisifs pour choisir le lieu de réalisation sont d’une part l’excellence scientifique, d’autre part surtout des conditions cadres compétitives: processus d’autorisation efficaces, rapidité et prévisibilité, accès non bureaucratique à des participant-e-s adéquat-e-s pour les études, disponibilité de personnel qualifié, accès rapide aux nouveaux traitements par le biais du remboursement régulier, ainsi qu’une infrastructure de données de santé qui fonctionne bien.

C’est là que la Suisse a d’importants défis à relever: tandis que d’autres pays investissent lourdement et de manière ciblée dans la recherche clinique et accélèrent les processus, des procédures d’autorisation longues et non uniformes, des restrictions strictes à l’utilisation des données de santé et l’accès retardé aux nouveaux traitements contrecarrent dans notre pays la réalisation d’essais cliniques. En outre, s’agissant du financement public de la recherche clinique sur le cancer, important du point de vue stratégique, la Suisse est distancée en comparaison internationale.

Ce qui est en jeu

Le recul des essais cliniques a un impact direct sur la prise en charge de la population: les patient-e-s ont moins souvent un accès précoce aux possibilités de traitement innovantes, en particulier dans le domaine du cancer et des maladies rares ou difficiles à soigner.

En même temps, le système de santé suisse perd de sa force d’innovation, de son excellence et de son attrait pour les scientifiques, les médecins et les investisseurs. Les essais cliniques sont un élément important dans la chaîne de valeur ajoutée d’une place des sciences de la vie performante.


René Buholzer, directeur d’Interpharma, déclare: «La recherche clinique réunit le progrès médical et l’accès rapide des patientes et patients. Elle leur offre l’accès à de nouvelles approches de traitement, fait entrer les connaissances dans les soins et crée des emplois hautement qualifiés. L’étroite coopération entre les hautes écoles, les hôpitaux et les entreprises pratiquant la recherche renforce l’écosystème local et attire encore davantage d’investissements et de personnel spécialisé qualifié. Par conséquent, si la Suisse perd du terrain dans la recherche clinique, ce ne sont pas seulement des études qui sont en jeu, mais l’accès aux nouveaux traitements, la force d’innovation et l’excellence de notre système de santé, ainsi que l’avenir d’une place scientifique et économique solide.»

Créer à présent les conditions cadres pour la pérennité de la place de recherche

Pour renforcer l’attrait de la Suisse pour la recherche clinique et assurer à long terme l’accès à l’innovation médicale, le SCI et Interpharma voient en particulier trois domaines dans lesquels il faut agir:

Davantage de recherche clinique en Suisse signifie davantage de progrès médical pour les patient-e-s, davantage d’innovation pour le système de santé et davantage de force pour la place de recherche et d’innovation. Il convient pour la Suisse de saisir cette chance.