Série de blogs sur la conférence de presse annuelle d’Interpharma - Partie 1: La place pharmaceutique suisse a besoin de mise en réseau - Interpharma

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23 janvier 2023

Série de blogs sur la conférence de presse annuelle d’Interpharma – Partie 1: La place pharmaceutique suisse a besoin de mise en réseau

Jörg-Michael Rupp, Directeur Pharma International, Roche

Que retire l’industrie pharmaceutique pratiquant la recherche en Suisse de l’année passée? Et que doit-il encore se faire en 2023 et au-delà pour que la place pharmaceutique suisse défende sa position de leader et que les patient-e-s aient accès aux innovations médicales? Dans la partie 1 de notre série de blogs, Jörg Rupp, président d’Interpharma, montre pourquoi la position de pointe de la place pharmaceutique suisse est de plus en plus en danger et ce que l’on peut faire pour y remédier.

Les chiffres sont impressionnants: quelque 250 000 emplois directs et indirects et 61.4 milliards de francs de valeur ajoutée font de l’industrie pharmaceutique le véritable moteur de l’économie suisse. Les entreprises pharmaceutiques font des investissements nettement supérieurs à la moyenne dans la place de recherche suisse. La branche pharmaceutique finance aujourd’hui la majeure partie de la recherche et développement du secteur privé: en 2021, le secteur privé a investi 16.8 milliards de francs dans la place de recherche suisse, dont 37% par l’industrie pharmaceutique, c’est-à-dire de loin la plus grande part, avec une nouvelle hausse de 4% par rapport à 2019. Si nous ajoutons les mandats de recherche que les entreprises pharmaceutiques confient à des laboratoires et institutions de recherche externes, la part de la branche pharmaceutique se monte entre-temps à près de 50%.

L’industrie pharmaceutique est aussi la principale branche d’exportation suisse, réalisant 42% de l’ensemble des exportations. Cette part a doublé au cours des 20 dernières années. En 2021, les exportations pharmaceutiques ont non seulement atteint, mais largement dépassé le seuil des 100 milliards de francs, atteignant au total une valeur de 109 milliards de francs. L’Union Européenne reste le principal marché de l’industrie pharmaceutique, et de loin: 48% des exportations. Cela veut dire inversement que la Suisse, en tant que l’un des plus grands sites de production pharmaceutique d’Europe, est également essentielle pour la résilience et la sécurité d’approvisionnement de l’UE.

Excellent, pourrait-on conclure, voilà qui va pour le mieux. Mais ce n’est pas si simple: à moyen et long terme, la position de pointe de la place suisse est hélas en danger.

Mais quelles en sont les causes? Tout d’abord, force est de constater qu’en dépit de signaux positifs, une solution n’est toujours pas en vue pour les éclaircissements requis d’urgence dans les relations entre la Suisse et l’Union européenne. Pendant ce temps, l’érosion des accords bilatéraux se poursuit, par exemple par l’exclusion de la Suisse du programme de recherche Horizon Europe. Bien que le Conseil fédéral ait pris à cet égard des mesures louables, les effets négatifs de cette exclusion pour la place de recherche n’ont pas encore pu être contrebalancés.

Stagnation douloureuse du dossier UE

Le fait que les accords existants ne soient plus mis à jour est un grand problème, non seulement pour la recherche déjà affectée actuellement, mais aussi à moyen terme pour l’Accord de reconnaissance mutuel (ARM) dans le domaine pharmaceutique. En effet, concrètement, le remaniement de la législation générale de l’UE relative aux produits pharmaceutiques dans le cadre de la «Stratégie pharmaceutique pour l’Europe» est à l’ordre du jour, et certaines parties de l’ARM entre la Suisse et l’UE se réfèrent, aussi bien au niveau du contenu que du point de vue juridique, à la législation existante. Si une nouvelle législation de l’UE entre en vigueur, il faudra mettre à jour ces parties de l’ARM pour maintenir leur validité juridique. Cette thématique sera d’actualité cette année et concerne directement le site pharmaceutique suisse, il ne faut donc pas la sous-estimer. On ne sait cependant pas encore précisément dans quelle mesure cela affectera la Suisse. Mais nous constatons aussi que de nouveaux accords importants, par exemple dans le domaine de l’énergie ou de la santé, ne sont tout simplement pas conclus. La Suisse le ressent douloureusement actuellement.

La compétitivité de la place pharmaceutique suisse dépend fortement de relations stables et bien réglées avec l’Union européenne. En particulier l’Accord de reconnaissance mutuelle (ARM), l’accord sur la recherche, ainsi que la libre circulation des personnes revêtent une importance capitale pour la branche pharmaceutique. Nous saluons donc le fait que le Conseil fédéral continue de se prononcer pour la voie bilatérale. Mais nous attendons aussi que les entretiens se poursuivent et que les négociations reprennent.

Je me permets de rappeler que l’érosion des accords bilatéraux remet en cause, pour la seule branche pharmaceutique, une valeur ajoutée cumulée de quelque 25 milliards de francs au total. La Suisse et son industrie pharmaceutique ont besoin d’urgence d’une stabilisation des relations avec l’UE.

La transformation numérique doit être une priorité majeure

Un sujet d’une importance similaire est la transformation numérique du système de santé. À cet égard, nous disposons enfin de délais concrets et donc d’une feuille de route pour des mesures et un financement. Mais la Suisse ne doit surtout pas relâcher ses efforts, car de nombreux pays nous ont largement distancés. Au lieu de pédaler en tête, la Suisse est quelque part en queue du peloton européen (cf. graphique).

Si la Suisse ne veut pas se faire définitivement distancer à l’international, il faut que la Confédération agisse rapidement et énergiquement et fasse de la transformation numérique, en particulier dans le système de santé, une priorité majeure. En fait partie que le Parlement ne recule pas devant les investissements à consentir dans le système de santé informatisé, mais assume ses responsabilités pour ce projet pour les générations futures, y compris vu l’évolution au niveau de l’UE. En 2024, l’espace européen des données de santé doit y être mis en place et devenir le premier espace européen de données sur neuf espaces sectoriels interopérables prévus. Cela veut dire qu’un marché européen des données de santé est créé.

Certes, l’adoption de la motion de la CSEC-E par le Conseil des États est un bon début, mais il faut à présent que le second Conseil l’approuve également et que le Conseil fédéral se mette rapidement à l’ouvrage.

La demande d’un cadre juridique pour l’utilisation des données de santé n’est pas nouvelle, en particulier Interpharma la formule déjà depuis des années. En octobre 2022, nous avons présenté à ce sujet une expertise juridique qui soutient cette demande. Cette expertise constate que l’actuel manque d’unité de l’ordre juridique représente un obstacle important à une meilleure et plus grande utilisation des données de santé.

L’industrie pharmaceutique apporte une contribution considérable à la prise en charge sanitaire et à la prospérité économique de notre pays et nous voulons continuer à le faire. C’est pourquoi, en 2023, Interpharma entend s’engager en particulier dans les domaines suivants:

Premièrement, la place pharmaceutique et scientifique suisse est tributaire de relations bien réglées avec nos partenaires étrangers, et tout particulièrement avec l’Union européenne. En effet, l’ouverture et la mise en réseau font partie des clés du succès de la Suisse. Il est donc urgent de stabiliser les relations bilatérales. Cette année, il faut faire avancer rapidement ce dossier et travailler à une solution pour des relations stables avec notre principal partenaire commercial. Je rappelle la «Stratégie pharmaceutique pour l’Europe». Nous nous prononçons également en faveur d’autres accords de libre-échange ainsi que d’accords sur la recherche et sur la transformation numérique, également avec des partenaires solides hors UE. L’ARM avec les États-Unis dans le domaine des bonnes pratiques de fabrication montre qu’il est possible d’arriver rapidement à des solutions pragmatiques avec des partenaires importants. La Suisse doit poursuivre dans cette voie.

Deuxièmement, il est essentiel que la Confédération agisse enfin concrètement pour la transformation numérique: en Suisse, il faut que nous mettions en place rapidement, et surtout en commun, un écosystème de données. Nous avons besoin d’une vision commune et d’un cadre juridique clair et uniforme. L’écosystème de données de santé suisse doit en outre être compatible avec d’autres écosystèmes de données, en particulier avec l’espace européen des données de santé. Il faut à cet égard appuyer sur l’accélérateur, car nous risquons grandement d’être distancés à l’international.

Et troisièmement, nous attendons avec impatience le rapport sur le postulat Schmid qui demande un rapport décrivant les mesures qu’il convient de prendre pour renforcer le positionnement de la Suisse en tant que pôle de biotechnologie et de production pharmaceutique. Nous attendons que ce rapport contienne des mesures concrètes et applicables. Et nous attendons du Conseil fédéral qu’il agisse rapidement et énergiquement pour que la place suisse ne perde pas sa compétitivité.

À propos de nous

Interpharma, fondée en 1933 et dont le siège se situe à Bâle, est l’association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche.

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