Série de blogs « Qui finance les médicaments? », Partie 1: Vaccins contre le COVID-19: un succès qui a son revers? - Interpharma

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10 août 2022

Série de blogs « Qui finance les médicaments? », Partie 1: Vaccins contre le COVID-19: un succès qui a son revers?

La rapidité avec laquelle des médicaments et vaccins ont été développés a permis de réagir énergiquement et efficacement à la pandémie de COVID-19. Une critique qui se fait entendre est que la société paye deux fois: d’abord par les impôts pour la recherche scientifique financée par l’État, puis par les primes des caisses-maladie pour l’achat des innovations médicales, par exemple également pour les médicaments et vaccins contre le COVID-19. Dans notre série, nous jetons un coup d’œil sur les faits.

Depuis le début de la crise du COVID-19, l’industrie pharmaceutique pratiquant la recherche accomplit dans le monde entier un effort sans précédent pour gérer la pandémie, toujours dans le but de mettre sur le marché des traitements et vaccins contre le COVID-19 qui soient sûrs et efficaces pour les patient-e-s.

On entend souvent critiquer que les entreprises pharmaceutiques gagnent beaucoup d’argent avec ces médicaments et vaccins, alors que l’État les a financés auparavant. Cela voudrait dire que la société paye deux fois, d’abord par les impôts pour le développement des innovations (dépenses de recherche des pouvoirs publics, p. ex. pour la recherche fondamentale dans les hautes écoles ou universités), puis à nouveau par le biais des primes des caisses-maladie ou d’autres impôts pour l’achat de médicaments et de vaccins. Les entreprises sont accusées d’encaisser les recettes. Qu’en est-il de ce reproche? Combien d’argent du contribuable va-t-il au développement de médicaments? Dans cette série, nous répondons à cette question en prenant l’exemple des vaccins contre le COVID-19 à base d’ARNm.

Le chemin du succès est long et caillouteux

Avec plus de 8000 médicaments actuellement en cours de développement, les entreprises pharmaceutiques du monde entier font énergiquement avancer la recherche dans le domaine de la prévention et de la prise en charge, dans le but de venir en aide, par exemple, aux personnes atteintes de cancer ou de diabète, de la maladie d’Alzheimer, de maladies infectieuses ou rares, ou encore du COVID-19. Dans ce contexte, il ne faut pas oublier que le succès de la recherche pharmaceutique est tout à fait incertain: dans la recherche fondamentale, on examine plus d’un million de substances. Avant de mettre un médicament sur le marché, on poursuit en moyenne les recherches sur environ 10 000 substances, dont 20 seront ensuite retenues pour la phase préclinique. L’analyse clinique portera sur une dizaine d’entre elles seulement, pour arriver finalement à en transformer une en un médicament efficace. Le «taux d’échec» est d’environ 98%. Les échecs sont donc le lot quotidien de la recherche pharmaceutique. En même temps, les travaux sur un médicament durent 10 à 15 ans et les coûts sont de l’ordre du milliard.

Figure 1: Étapes de développement d’un médicament. Source: Interpharma (2021).

Il n’en va pas autrement des vaccins contre le COVID-19: depuis le début de la pandémie, de nombreuses entreprises, start-up et laboratoires du monde entier font des travaux de recherche pour stopper le coronavirus responsable du COVID-19. S’agissant des vaccins, les plus connus sont ceux qui ont été autorisés, par exemple le vaccin de BioNTech-Pfizer et celui de Moderna, basés sur la technologie de l’ARNm. Mais les projets de ce type sont légion.

En mai 2022, on comptait dans le monde entier environ 696 projets de développement de vaccins et près de 1800 projets de développement de médicaments contre le COVID-19. À la même date, seuls 37 vaccins (5,3%) et 36 médicaments (2%) avaient obtenu l’autorisation de mise sur le marché (AMM) des autorités. Vu le faible taux de succès de la recherche pharmaceutique, on peut supposer que ces chiffres ne vont augmenter que très légèrement.

Figure 2: Pipeline de médicaments contre le COVID-19 aux différentes phases de développement. Source: EFPIA; Airfinity (2022).
Figure 3: Pipeline de vaccins contre le COVID-19 aux différentes phases de développement. Source: EFPIA; Airfinity (2022).

Il est exact que les quelques entreprises pharmaceutiques qui ont réussi à développer rapidement des médicaments ou vaccins efficaces contre le COVID-19 affichent actuellement un chiffre d’affaires considérable. Mais en dépit d’investissements élevés, la majeure partie des entreprises a un chiffre d’affaires nul, car seules quelques-unes parviennent à vaincre le chemin long et caillouteux qui mène au succès. Vu le rapport entre les investissements considérables et les faibles chances de succès, on voit bien qu’il s’agit d’une affaire extrêmement risquée. Ce qui vaut pour le COVID-19 s’applique également à de nombreuses autres maladies: sur un grand nombre de bonnes idées, beaucoup de fabricants recherchent la plus prometteuse, mais la plupart échouent en cours de route. Tous ont investi beaucoup de temps et de ressources financières, mais n’obtiennent pas, au bout du compte, de produit susceptible d’amortir les coûts élevés de la recherche et développement. Et seule une minorité de ces projets sont soutenus par des fonds publics.

Même une fois qu’un médicament a obtenu l’AMM, rien ne garantit son succès économique, comme le montre une étude réalisée aux États-Unis: sur 17 médicaments étudiés, quatre généraient de très forts chiffres d’affaires, mais également quatre n’en généraient même pas suffisamment pour pouvoir être déclarés comme revenus au fisc (cf. fig. 4).

Figure 4: Grandes différences: tandis que certains médicaments génèrent des chiffres d’affaires élevés, d’autres médicaments autorisés ne permettent même pas d’amortir les coûts de recherche & développement qui leur ont été consacrés. Source: Vital Transformation; Who Develops Medicines?: An Analysis of NIH Grants (2021).

Il est d’autant plus important que des personnes et des entreprises ouvrent de nouvelles voies et s’efforcent, y compris dans des conditions difficiles, d’aboutir à une percée qui réussira peut-être un jour (ou peut-être jamais). Et il est important qu’il y ait des personnes qui reconnaissent le potentiel des idées d’autrui, y croient et prennent le risque de faire les investissements nécessaires.

Sans ces personnes, les vaccins actuellement les plus efficaces contre le COVID-19 n’auraient pas pu voir le jour. Nous éclairons cette histoire dans la deuxième partie de notre série.


Lire toutes les parties de cette série :

Partie 1: Vaccins contre le COVID-19: un succès qui a son revers?

Partie 2: ARNm – plus vieux qu’on ne le pense

Partie 3: Pas d’innovation sans investissement privé

Partie 4: L’innovation pharmaceutique profite au grand public

Partie 5: Une coopération éprouvée en matière d’innovation pour le bien de tous

Michèle Sierro

Responsable communication Suisse romande

+41 79 305 84 30

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Interpharma, fondée en 1933 et dont le siège se situe à Bâle, est l’association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche.

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