Prescription de principes actifs
Dans le but d'abaisser les coûts incombant aux médicaments dans l'assurance-maladie, on réclame que les médecins ne puissent plus prescrire que des principes actifs au lieu de médicaments de marque. L'obligation faite au médecin de prescrire un principe actif hypothèque cependant l'adhésion des patients au traitement (observance) et n'est donc pas de nature à faire baisser les coûts. Mais, surtout, un tel changement de cap porte atteinte à une condition déterminante de la qualité de notre système de santé, à savoir la liberté de thérapie et de prescription des médecins. Une mesure judicieuse pour réduire les coûts réside en revanche dans le droit de substitution - déjà en vigueur - accordé aux pharmaciens (voir génériques). La forte croissance du chiffre d'affaires des génériques montre que cette mesure est efficace.
Dans le cas d'une prescription de principe actif, le médecin ne prescrit pas un produit d'une marque précise, mais délivre une ordonnance pour un principe actif chimique désigné par sa dénomination commune internationale. En règle générale, il existe sur le marché plusieurs médicaments comportant le même principe actif à partir du moment où le médicament original n'est plus protégé par un brevet. En fonction du type de principe actif prescrit, le pharmacien décide de lui-même quel médicament le patient doit recevoir. La prescription de principe actif peut ainsi aboutir à ce qu'un patient reçoive un médicament différent selon chaque pharmacie. Il arrive en outre souvent que les médicaments contenant le même principe actif n'aient pas une composition identique, ce qui peut influer sur leur action. Les différentes substances auxiliaires utilisées pour un même principe actif peuvent parfois entraîner des effets secondaires et intolérances graves.
La liberté de thérapie et de prescription des médecins est l'un des piliers majeurs de la qualité de notre système de santé. A partir des antécédents du malade et du diagnostic qu'il pose, le médecin décide quel traitement - et par là même quel médicament - convient le mieux au patient. Pour assurer la réussite du traitement, la constance dans l'observance joue un rôle déterminant. Il est important que le patient réponde de manière optimale au médicament prescrit, que la posologie soit adaptée et que le patient tolère bien le produit. Comme le souligne la Fédération des médecins FMH, tout changement de médicament présente des risques pour les patients. L'obligation de prescrire des principes actifs mettrait particulièrement en danger les patients atteints de maladies chroniques et bien soignés par un médicament précis, compromettrait le succès du traitement et renfermerait des risques supplémentaires pour la santé.
En effet, lorsque, pour la même ordonnance, les patients reçoivent des pilules blanches dans une pharmacie, des comprimés jaunes dans une deuxième et des dragées bleu clair dans une troisième, l'adhésion au traitement (observance) en pâtit et le succès thérapeutique s'en trouve affecté. Les coûts entraînés par une mauvaise observance se montent dès maintenant à plus d'un milliard de francs et pèsent sur le système de santé. L'obligation de prescription d'un principe actif ne permettrait pas de diminuer les coûts. Bien au contraire, cela risque d'entraîner des coûts supplémentaires considérables par un surcroît de consultations médicales et d'hospitalisations.